Légendes Arthuriennes et autres

Légendes Arthuriennes et autres

Rencontre d'Arthur et de Lancelot

Le vendredi avant la St Jean, le roi Arthur chassa tout le jour dans les forêts de Camaaloth ; vers le soir, comme il regagnait la ville, il vit venir vers lui une belle compagnie.

En tête, deux garçons à pied menaient deux chevaux chargés de coffres et l'un portait un pavillon de campement, puis avançaient deux par deux, quatre écuyers montés sur des roussins et tenant un écu à boucle d'argent,  un heaume argenté, une lance et grande épée, claire, tranchante et légère à merveille. Et après, venaient encore d'autres écuyers et sergents et enfin trois pucelles. Enfin, une dame accompagnait un damoiseau beau comme le jour et deux gentils valets avec qui il causait. Les robes, les armes, les chevaux, tout le cortège était blanc comme neige.

Le roi s'arrêta émerveillé. Cependant, la dame l'ayant aperçu, pressait son palefroi et dépassant l'escorte, s'avança vers lui en compagnie du jeune damoiseau. Et sachez qu'il était vêtu d'une côtte et d'un manteau de samit blanc, fourré d'hermine, et qu'il chevauchait un petit palefroi amblant (marchant l'amble) si bien taillé qu'on n'en vit jamais de pareil, dont la housse de soie traînait jusqu'à terre ; son chanfrein et son poitrail étaient subtilement gravés d'images où l'on voyait des dames et des chevaliers.

Dès que la dame arriva devant le roi, elle écarta son voile et et après lui avoir rendu le salut qu'il s'était hâté de lui faire en premier, en gentilhomm courtois, elle lui dit :

- Sire, Dieu vous bénisse comme le meilleur des rois de ce monde ! Je viens de bien loin pour vous demander un don que vous ne me refuserez pas car il ne peut vous en causer nul mal et ne vous coûtera rien.

-Dame, répondit le roi, dût-il m'en coûter quelque chose ou beaucoup, pourvu qu'il ne me soit pas fait honte qu'il ne cause pas dommage à mes amis, je vous l'octroierai quel qu'il soit.

-Sire, le grand merci ! je vous requiers donc de faire chevalier ce mien écuyer, lorsqu'il vous le demandera.

- Belle dame, grâces vous soient rendues de m'avoir amené ce jouvenceau. Je lui donnerai ce qui est de moi : ses armes et la colée. Dieu ajoutera le surplus, c'est la prouesse.

La Dame remercia le roi et lui apprit qu'on la nommait la Dame Du Lac ; après quoi, elle prit congé le laissant fort étonné, car il n'avait jamais entendu son nom.

Le damoiseau qui semblait au désespoir de la quitter, voulut l'accompagner quelque temps. Quand ils eurent cheminé côte à côte, tristement la distance d'un trait d'arc, lle rompit le silence et dit :

-Fils de Roi, il faut donc nous séparer. Mais auparavant, je veux que vous sachiez, vous que j'ai élevé, que je ne suis pas votre mère et que vous n'êtes pas mon fils. Votre lignée est des meilleures du monde et vous apprendrez un jour le nom de vos parents. Songez à vous rendre aussi parfait de coeur que vous l'êtes de corps, car ce serait grand dommage si en vous la prouesse ne valait pas la beauté. Demain soir, vous prierez le roi Arthur de vous adouber chevalier, et ce jour même, avant la nuit vous quitterez son château et vous irez errant de par le pays cherchant aventure : car c'est ainsi que vous gagnerez louanges et valeur. Ne vous arrêtez en aucun lieu ou du moins le moins possible, mais gardez d'y laisser quelque exploit à ceux qui viendront après vous ! Et si vous l'on demande qui vous êtes, répondez que vous ignorez votre nom.

Elle tira de son doigt un anneau qu'elle passa au doigt du damoiseau. Puis elle le recommanda à Dieu en le baisant bien doucement et elle lui dit encore :

-Beau fils de roi, écoutez ceci : vous mènerez à bien les plus périlleuses aventures et clui qui achèvera celles que vous aurez laissées il n'est pas encore de ce monde .... Je vous en dirais davantage, mais mon coeur se serre et la parole me faut - allez le bon, le noble, le gracieux, le désiré, le mieux aimé !

Elle lui baisa encore le visage et les yeux tendrement ; puis elle partit, si triste qu'elle n'eût pu prononcer un mot de plus. Et le damoiseau pleura en la voyant s'éloigner. Il courut accoler un à un les valet et les pucelles, et les garçons ; après quoi il demeura avec les sommiers que la Dame lui avait laissés. Il se mit alors à rejoindre le Roi.

 



10/04/2012
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