Légendes Arthuriennes et autres

Légendes Arthuriennes et autres

Le chevalier à la charrette : le pont de l'épée

Lancelot trouva les moines qui l'attendaient, une grande compagnie de rendus escortant une litère entra dans l'abbaye ; ils dirent que neuf nuits auparavant une homme de Galles avait eu une vision et qu'il avait annoncé que le corps de Galaad le fort serait délivré le surlendemain de l'Ascension.

Lancelot mit le roi mort dans leur litière. Quand il l'eut fait, la demoiselle vint à lui :

- Beau Sire, donnez-moi congé car maintenant je connais votre nom, j'ai entendu la voix vour appeler.

Par la chose au monde que vous aimez le plus, je vous prie de ne le dire à personne avant que vous sachieez comment j'aurai achevé cette quête ; jusqu'ici j'y ai eu trop de honte et mécomptes.

-Sire, je ne le prononcerai qu'en un lieu où l'on a autant de souci de votre honneur que vous en avez vous-même.

Elle lui apprit alors qu'elle l'avait suivi et Lancelot prit la route guidé par un valet. Pour arriver à la cité du royaume de Gorre, il fallait passer sur le pont de l'Epée.

Quand il aperçut le pont tranchant, le valet se mit à pleurer de pitié. Lancelot regarda l'épée fourbie, blanche et coupante comme un rasoir sur laquelle il fallait passer ; puis l'eau en amont et en aval qui était roide, froide et noire. Mais ensuite, il leva la tête, il considéra quelque temps la tour où la reine était enfermée et dit :

- N'ayez pas de souci de moi, bel ami, car je ne redoute guère ce passage ; il n'est pas si périlleux que je pensais. Et voilà belle tour en face ! Si l'on veut m'y héberger, on m'y aura pour hôte cette nuit.

Il fit enduire de bonne poix chaude ses gants, ses chaussures de fer et les pans de son haubert afin d'avoir meilleure prise sur l'acier. Puis il vint droit au pont, regarda encore la tour où était la reine en prison, la salua de la tête, plaça son écu derrière son dos pour n'en être pas empêché et s'étant signé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, il se mit à cheval sur le pont acéré et commença de ramper au-dessus du tranchant de l'épée à la force de ses bras et de ses genoux. et vous auriez vu le sang jaillir de ses mains, de ses pieds et de ses jambes ! mais il avançait les yeux fixés sur la tour, sans regarder la lama acérée ni l'eau bruissante et félonne, songeant qu'amour mène et que souffrir est doux. Enfin, il parvint à l'autre bord et s'assit pour se reposer un moment après avoir tiré son épée et ramené son écu devant lui.

Tous les habitants de la tour s'étaient mis aux fenêtres pour voir le champion qui traversait le pont périlleux et comme eux la reine Guenièvre et le roi Baudemagu. Dans le moment que le chevalier parvint sur la rive, elle songea que ce ne pouvait être que Lancelot et aussitôt, elle qui avait été jusque là très dolente, elle se mit à rire, à plaisanter, à faire beau visage, si bien que le roi Baudemagu en fut fort surpris.

-Dame, lui dit-il, si vous permettiez je poserais une question qui ne saurait vous désobliger. Savez-vous quel est ce chevalier là-bas ? est-ce Lancelot ? le croyez-vous ?

-Sire, répondit la reine, il y a plus d'un an que je n'ai point vu Lancelot et beaucoup de gens croient qu'il est mort. A cause de celà, je ne suis pas certaine que ce soit lui, mais je pense que c'est lui plutôt qu'un autre et je le voudrais car je me fierais à son bras plus volontiers qu'à celui de personne ; vous savez qu'il est bon chevalier ! et quel que soit celui-là, pour Dieu et pour votre honneur, protégez-le comme c'est votre devoir.

-Dame, je le ferai dit le roi.

Il enfourcha un palefroi et se rendit auprès du chevalier, escorté de trois sergents qui menaient un cheval à la main. Lancelot étanchait le sang de ses plaies ; il reconnut le roi et se leva devant lui malgré ses blessures.

-Sire Chevalier, montez sur ce destrier et soyez le bienvenu, dit le roi Baudemagu ; il est temps de vous reposer aujourd'hui. Jamais nul ne fut plus hardi que vous.

- Sire, répondit Lancelot, je suis ici pour suivre mon aventure et non pour me reposer à pareille heure. On m'a dit qu'ilme faudrait combattre : si le champion est ici, qu'il vienne.

-Ami, je vois que votre sang coule ; avez-vous tant de hâte de batailler quand vous êtes blessé ? je vous donnerai de l'onguent pour soigner vos blessures. Il n'y a pas chevalier au monde pour qui je fisse volontiers plus que pour vous.

-Sire, je ne sais pourquoi vous feriez tant pour moi, car je ne suis pas de vos proches, ni jamais ne vous rencontrai, à ce que je crois. Qui que je je sois, faites-moi donc avoir bataille car je ne suis point venu ici de si loin pour être pris en pitié.

Le roi entendit bien que le chevalier craignait d'être reconnu.

- J'ignore qui vous êtes,dit-il et dans ma maison on ne vous le demandera point. Je vous prends sous ma sauvegarde désormais, et je vous sera garant contre tous, hormis celui que vous devrez combattre. Montez sur ce cheval ; s'il n'est pas assez bon, je vous en donnerai un meilleur. Et si j'ai dit que je vous aime, c'est pour la grande prouesse que vous venez d'accomplir.

Ainsi, parlait-il si courtoisement que Lancelot consentit à se laisser emmener. Le Roi le fit conduire dans une chambre la plus retirée de la tour où il ne lui envoya d'autres serviteurs qu'un écuyer et garda d'entrer lui-même afin de ne pas le désobliger.

Cependant il fut trouver Méléagant :

- Beau fils, si tu m'en croyais, tu ferais une chose qui te vaudrait louange éternelle.

-Et quoi donc ?

- Tu rendrais au chevalier qui vient de passer le pont de l'Epée la reine Guenièvre que tu fais mal de retenir prisonnière et je délivrerais les autres captifs, car leur prison a assez duré. Et tout le monde dirait que tu as rendu par franchise ce que tu as conquis par prouesse : cela te ferait grand honneur.

- Je ne vois pas là d 'honneur ! mais bien fine couardise, dit Méléagant. Il faut que le coeur vous manque pour que vous me donniez un tel conseil. Soit-il Lancelot lui-même, celui-là ne me fait pas peur ! et vous pouvez l'héberger à votre guise : j'aurai d'autant plus d'honneur à défendre mon droit, que vous l'aiderez davantage contre moi.

-Qui t'a dit que c'est Lancelot ? par ma foi, je n'en sais rien, car je ne l'ai encore vu que tout armé et couvert de son heaume. Si c'était lui, tu aurais tort de vouloir l'affronter : cela ne te vaudrait rien.

- Jamais je n'ai trouvé personne qui m'estimât moins que vous ! s'écria Méléagant. Mais plus vous me méprisez et plus je vous méprise. Et vous aurez demain assez de joie ou de deuil, car moi ou lui, l'un de nous quittera ce monde.

- Puisqu'il en est ainsi, je n'en dirai pas plus, mais si je pouvais te détourner de cette bataille sans forfaire, certes je ne te prendrais point l'écu au col. En tous les cas, ce chevalier n'aura à se défendre contre nul autre que toi, car jamais je ne fus traître et je ne le serai jamais !

 



07/04/2012
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