Légendes Arthuriennes et autres

Légendes Arthuriennes et autres

Le chevalier à la charrette : la demoiselle du château

Lancelot se sentait si dolent de n'avoir pu trouver Galehaut et si chagrin de se croire oublié de la reine, bref, il ne mangeait, ni dormait si peu que sa tête se vidait et qu'il en devint insensé. Tout l'été et jusqu'à la Noël il erra.

Enfin la veille de la Chandeleur, la Dame du Lac le découvrit qui gisait dans un buisson au coeur de la forêt de Tintagel, en Cornouaille. Elle le tint contre elle tout l'hiver et le carême ; et en lui promettant qu'elle lui ferait avoir de plus grandes joies, elle le guérit si bien qu'il trouva plus de force et de beauté qu'avant. Elle s'était bien gardée de lui parler de la mort de Galehaut.

Cinq jours avant l'Ascension, elle lui prépara un cheval et des armes.

-Bel ami, lui dit-elle, le temps approche où tu recouvreras ce que tu as perdu. Sache qu'il te covnient d'être le jour de l'Ascension à none dans la forêt de Camelot. Certes, si tu ne t'y trouvais à cette heure, tu aimerais mieux la mort que ta vie.
- Par tous les saints, dit Lancelot, j'y serai à pied ou à cheval !

Et il alla droit à  la forêt, où il parvint pour voir de loin Méléagant combattre Keu et enlever la reine. Son destrier était si las qu'il ne put arriver à temps, et ce fut grâce à celui de  monseigneur Gauvain, qu'il attaqua les cents chevaliers pour sauver sa Dame. Et à présent, il lui fallait tenter de la conquérir encore.

Mais revenons à la demoiselle du château qui se demandait qui était ce chevalier que sire Gauvain ventait tant. Elle pensa qu'il ne pouvait s'agir que du chevalier Lancelot en personne bien que le bruit avait couru qu'il était mort. Elle décida d'en avoir le coeur net : elle monta à cheval et gagna par les chemins de traverse le carrefour des Ponts. Dès qu'elle vit arriver les deux compagnons, elle prit les devant sans leur parler ; mais ils la joignirent et après l'avoir saluée, lui demandèrent si elle n'avait pas de nouvelles de la reine Guenièvre.

-Ne savez-vous pas que Méléagrant, le fils du roi de Gorre, l'a emmenée avec lui au royaume de son père d'où nul Breton ne peut sortir ?
-Et comment y aller ?
- Je vous le dirai bien, si vous voulez me promettre sur votre foi, l'un et l'autre,que chacun de vous m'accordera le premier don que je lui demanderai.
- En le saint nom de Dieu, demoiselle, s'écria Lancelot à qui l'affaire tenait plus au coeur qu'à nul autre, nous vous donnerons tout ce que vous demanderez.

-En ce cas, voici les deux routes, dont l'une va au POnt perdu que l'on nomme aussi le Pont sous l'Eau et l'autre est le Pont de l'Epée. Le premier est d'une seule poutre qui n'a qu'un pied et demi de large ; il coule autant d'eau dessus qu'il en coule au-dessous et un chevalier le gard.

L'autre est fait d'acier aussi tranchant qu'une épée.

Seigneurs Chevaliers, souvenez-vous qu'en quelque lieu et jour que ce soit, chacun de vous me doit un don.

Lancelot pria le seigneur Gauvain de choisir entre ces deux voies et celui-ci préféra la route du Pont Perdu. Alors, ils ôtèrent leurs heaumes et se baisèrent les lèvres avant de se recommander à Dieu et chacun partit de son côté.

Lancelot n'avait fait que peu de chemin quand il entendit qu'on le hélait et il vit la demoiselle du carrefour qui sortait d'un sentier de traverse.

-Sire Chevalier, lui dit-elle, je ne suis pas en sûreté dans ce pays, où l'on me hait fort. Je vous demande de m'accompagner et de vous héberger chez moi cette nuit.
-J'irai volontiers avec vous, mais il est trop tôt pour s'héberger.
- Le lieu n'est pas proche et si vous passez, vous ne trouverez plus ni ferme ni maison. D'ailleurs, ne me protégerez-vous pas ? j'ai grand besoin de vous.
- Vous n'aurez nul mal si je puis vous sauvez répondit Lancelot.

Ils chevauchèrent de compagnie jusqu'à ce qu'ils arrivassent à la nuit tombante devant une maison entourée d'une palissade. Avant que Lancelot lui ai tendu la main, la demoiselle avait déjà sauté de son palefroi. Elle le mena dans une très belle chambre où il faisait clair comme en plein jour à cause de la grande quantité de cierges et torches qui brûlaient et là elle lui ôta son heaume et son écu et il se désarma ; enfin, elle lui passa un beau manteau fourré. Il y avait sur le banc deux bassins d'eau chaude avec une blahche serviette bien ouvrée. Quand ils se furent lavés, ils s'assirent devant la table couverte de viandes, de hanaps d'argent doré et de pots, pleins de moré et de vin blanc.

Après le manger, ils allèrent prendre l'air un moment à la fenêtre donnant sur le jardin ; puis la demoiselle mena Lancelot devant un riche lit, très bien garni de draps blancs et d'une couverture tissée d'or et fourrée de vair qui eût été bonne pour un roi. Là, elle pris le chevalier par la main et, s'asseyant près de lui, elle lui dit :
- Bel hôte, vous me devez un don, je vous demande donc de coucher avec moi dans ce lit.
Ah quand il entendit cela, Lancelot fut bien anxieux ! il ne savait plus que faire.
-Demoiselle, murmura-t-il, demandez moi toute autre chose que vous voudrez !
Mais il lui fallut tenir son serment.

Les chandelles éteintes, il dut se coucher à côté de la demoiselle mais Lancelot n'ôta pas sa chemise ni ses braies et il n'osa tourner le dos à la jeune demoiselle, à cause de la vilénie qu'il y aurait eu à cela, ni le visage à cause du péril ; il s'éloigna donc le plus qu'il put et resta étendu sur le dos sans bouger, sans mot dire : il n'aurait su faire beau semblant à la pucelle, n'ayant qu'un coeur qui ne lui appartenait plus.

- Quoi !sire chevalier, ne ferez-vous autre chose ? dit-elle. Je pense que ma compagnie ne vous réjouit guère. Suis-je donc si laide ou si hideuse.
- Vous me semblez laide maintenant alors que vous étiez belle avant.
- Si vous avez une amie, elle n'en saura rien.
-Mais mon coeur le saura.
- Dieu m'aide ! reprit-elle, vous m'en avez assez dit. Notre Sire vous donne bon repos et la joie à celle que vous aimez.

Elle se leva et alla se coucher dans un autre lit en songeant "Je n'ai connu nul chevalier que je prise autant que celui-là. Son coeur est noble et loyal" et elle devinait bien qui il était mais voulait s'en assurer encore.

A l'aube, elle revint dans la chambre de Lancelot. Il était déjà tout armé.
-Dieu vous donne le bon jour, fit- elle
- A vous aussi demoiselle.

- Sire, la coutume est qu'une pucelle qui va seule ne craigne rien ; en revanche, lorsqu'un chevalier la conduit si autre veut la conquérir il en peut user à son désir comme si elle était sienne. Or Il y a près d'ici un homme qui m'a longuement aimée et requise d'amour mais a perdu ses peines. Pourtant si vous voulez me protéger, je vous quiderai sans crainte.
- Demoiselle, je saurai bien vous défendre contre un chevalier, voire deux, répondit Lancelot.

Alors, elle fit seller les chevaux et ils allèrent longtemps à grande allure par chemins et sentiers, mais il ne répondait guère à ses propos ; penser lui plaisait, parler lui coûtait : amour le veut ainsi.

A tierce, ils arrivèrent près d'une fontaine au milieu d'un pré ; là sur une grosse pierre, gisait un peigne d'ivoire doré, si beau que depuis le temps d'Isoré, personne n'en vit de pareil. Qui l'avait oublié là ? je ne sais. mais Lancelot s'arrêté, étonné et saute de son cheval pour le ramasser ; Ah ! comme il le tenait dans ses mains il le regarda et admira les cheveux plus clairs et plus luisants que de l'or fin qui y étaient restés attachés ; la pucelle se mit à rire :
- Demoiselle, par ce que vous aimez le plus, dites -moi pourquoi vous riez ?
- Ce peigne est celui de la reine et les cheveux que vous voyez n'ont certes pas poussé sur un autre pré que sa tête.
- Mais il y a maintes reines et rois ; de laquelle parlez-vous, reprend Lancelot tout tremblant.
-Par ma foi, de la femme du roi Arthur !

A ces mots Lancelot plie jusqu'à toucher terre et il serait tombé si la demoiselle ne s'état hâtée de descendre de son palefroi pour le soutenir. Quand il revint à lui et qu'il se souvint d'elle, il l'interrogea tout honteux :
-Qui y-a-til ?
-Sire, je voulais vous demander ce peigne, dit-elle pour ne pas l'humilier.

Il le lui donne, mais après en avoir retiré avec mille précautions les cheveux d'or fin. Et il les adore ! il les presse sur sa bouche, sur ses yeux, à son front ; il en est heureux, il en est riche, il les cache sur son coeur, entre sa chemise et son corps ; et il eut bien voulu que la demoiselle fût plus loin.

Mais il fallut se remettre en chemin avec elle, et ils chevauchèrent jusqu'au soir, qu'ils s'hébergèrent dans une maison de religion qui leur fit bel accueil.

 

 



07/04/2012
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